Explorer et s’adapter

La sexualité peut comprendre bien plus que la pénétration à deux. Les photographes rapportent un parcours d’exploration de pratiques sexuelles diversifiées, adaptées à leurs capacités et souvent en dehors des normes sociales.

Habiter les frontières mouvantes entre le plaisir et la douleur

Le plaisir et la douleur peuvent s’entremêler, de manière parfois imprévisible, dans l’expérience sexuelle. Cela a des impacts tant sur le corps que sur les émotions.

Georges voulait démontrer que le lit est souvent vu comme un lieu de rapprochements et de plaisir sexuel. Mais le lit peut aussi être source de douleur : « À cause de mes nerfs, j’ai de la douleur chronique depuis assez longtemps. Quand j’ai du sexe, la fin peut être un grand plaisir ou peut être douloureuse. C’est toujours une surprise. C’est difficile à admettre, mais je trouve que ma vie sexuelle, c’est souvent douloureux et pas seulement physiquement, mais émotionnellement aussi. Ce n’est pas qu’une question de positions sexuelles moins douloureuses, c’est aussi l’énergie et la douleur psychologique. »
Évaluer l’impact de la douleur sur la sexualité et offrir un accompagnement dans la gestion de ses aspects à la fois physiques et émotionnels.
Deux images représentant le lit de Georges sont côte à côte. La lumière sur celle de gauche est plus chaleureuse et on y voit deux petites culottes se touchant, une rouge, l’autre blanche. Elles symbolisent la sexualité entre deux femmes qui aurait pu se dérouler dans le lit. Le mot « plaisir » est inscrit au bas de l’image. Sur celle de droite, la lumière est plus froide. On y voit des outils pour gérer la douleur et la fatigue: un masque de nuit, un coussin chauffant et des bouteilles de médicaments. Le mot « douleur » est inscrit au bas de cette seconde image.
Deux images représentant le lit de Georges sont côte à côte. La lumière sur celle de gauche est plus chaleureuse et on y voit deux petites culottes se touchant, une rouge, l'autre blanche. Elles symbolisent la sexualité entre deux femmes qui aurait pu se dérouler dans le lit. Le mot "plaisir" est inscrit au bas de l'image. Sur celle de droite, la lumière est plus froide. On y voit des outils pour gérer la douleur et la fatigue: un masque de nuit, un coussin chauffant et des bouteilles de médicaments. Le mot "douleur" est inscrit au bas de cette seconde image.

Sexualiser les aides techniques

Lorsqu’on a des incapacités motrices, les aides techniques et à la mobilité font partie du quotidien. Et donc, de la sexualité aussi.

Le contenu de cette image est sensible

Jeanne a exploré l’usage du lève-personne pour différentes positions sexuelles et afin de « pimenter » sa relation avec son conjoint. Mais ce n’est pas toujours facile : « Avec le lève-personne, ça a très bien été et ça ne faisait pas mal. Je ne pensais pas que ça allait aller aussi bien que ça. Mais ça prend beaucoup de préparation et ça peut être difficile de garder l’excitation sexuelle aussi longtemps. »
Par Jeanne
Développer des accessoires et guides qui permettent un usage sexuel efficace et sécuritaire des aides techniques prescrites pour les activités de la vie quotidienne.
Jeanne, une femme blanche aux cheveux bruns mi-longs, est assise dans une toile de lève-personne. Sa jambe gauche est écartée et soutenue par la toile. Son conjoint est debout près d’elle entre ses jambes et soutient aussi sa jambe gauche. Les deux son dénudés et visiblement en pleine activité sexuelle.
Le bras robotisé peut ouvrir des portes inattendues sur le plan sexuel. Il devient intégré au corps, comme l’explique Alain : « En étant paralysé à 99 %, je me dis que tout ce qu’on peut utiliser pour partager le plaisir avec l’être cher, c’est une prolongation de soi. De savoir que le contrôle que j’ai sur le bras robotisé peut donner du plaisir à quelqu’un, c’est excitant! Et ça donne vraiment l’impression de contribuer à l’acte sexuel. »
Par Alain
Considérer l’apport sexuel des aides techniques prescrites pour les activités de la vie quotidienne.
Une jeune femme blanche à la chevelure rousse est de dos et assise dans une toile suspendue à un lève-personne amovible sur pattes. Elle porte un tanga blanc. La caméra fixe ses fesses qui débordent de la toile du lève-personne. Les doigts d’un bras robotisé attaché au fauteuil motorisé d’Alain (hors cadre) pince une des fesses de la jeune femme.

Expérimenter avec des aides sexuelles imparfaites

Pour compenser les incapacités, on peut être amené à explorer différentes aides sexuelles, comme des coussins de positionnement au lit ou des jouets sexuels. Ces solutions sont toutefois souvent imparfaites ; elles peuvent coûter cher ou ne pas être pleinement adaptées.

Ana explique son exploration des jouets sexuels disponibles sur le marché: « L’embout qui peut être inséré a un mécanisme de mouvement de va et vient. Faire ces mouvements pour moi c’est difficile, donc c’est vraiment un outil qui aide à l’accessibilité de la chose. Ça me permet d’être plus relaxe et que ce soit plus confortable pour moi. Par contre, c’est quand même dispendieux. Je pense que ce serait important de faire tester ces jouets par des personnes avec des limitations motrices et de promouvoir que ça peut aider à pallier les incapacités. »
Par Ana
Améliorer la visibilité des fonctions d’accessibilité inhérentes aux jouets sexuels disponibles sur le marché.
Ana, une femme noire, est couchée sur son lit. On apperçoit seulement ses jambes et son bassin. Elle tient dans sa main un vibrateur lapin rose qui repose sur sa cuisse, au centre de la photo.
Ana, une femme noire, est couchée sur son lit. On apperçoit seulement ses jambes et son bassin. Elle tient dans sa main un vibrateur lapin rose qui repose sur sa cuisse, au centre de la photo.

Reprise de pouvoir par la masturbation

La masturbation est une façon d’explorer son propre corps et ses propres envies, à son rythme, sans ressentir de pression externe. Elle devient ainsi une pratique d’empouvoirement.

Audrey tente souvent de se masturber avec un jouet sexuel, mais ses spasmes rendent parfois la tâche difficile. Elle raconte : « Toute notre vie, en tant que personne en situation de handicap, on dépend de quelqu’un pour tous nos besoins. Est-ce qu’on peut avoir un minimum de soutien pour nous aider à être capables de se masturber par nous-même? Je ne veux pas être obligée de demander à mon partenaire pour arriver à avoir du plaisir par moi-même. »
Par Audrey
Développer des jouets sexuels et accessoires adaptés à une diversité de capacités.
L’entre-jambe d’Audrey, une femme blanche, est centré sur la photo. Un vibromasseur (jouet sexuel) repose entre les cuisses d’Audrey et sur son pubis rasé. La main d’Audrey appraraît floue, parce que qu’elle tremblait lors de la prise de la photo.

Le contenu de cette image est sensible

Magnésium a moins de motivation pour des activités sexuelles avec d’autres. Iel explore son plaisir surtout seul-e, à l’aide de son coussin chauffant et de ses jouets sexuels représentés sur la photo. « C’est un moment de paix et d’acceptation. Si j’ai pas envie d’être avec les autres, je peux toujours sentir le plaisir, même avec tout ce qui arrive avec mon corps. Je peux aller dans mes explorations à un rythme qui est à l’écoute de moi, sans pression. »
Incorporer la masturbation et autres pratiques sexuelles en solo dans l’évaluation et l’intervention au sein de la sphère sexuelle.
Une partie du torse et du ventre dénudés de Magnésium, une personne non-binaire blanche, reposent sur un coussin chauffant. Sur le fil du coussin se trouve un vibromasseur (jouet sexuel). La photo est en noir et et blanc.

Investir des pratiques sexuelles diversifiées et alternatives

Le handicap peut parfois amener à se tourner vers des pratiques sexuelles qui sortent des sentiers battus. C’est une exploration de ce qui convient à son corps et ses capacités.

En raison de sa sonde urinaire, Brittany n’était plus en mesure d’avoir de relations pénétratives. Cela l’a amené à découvrir tout un nouvel univers d’actes sexuels : « À force de se coller, tu fais monter la tension un peu, puis… Il s’est mis à me caresser les seins. À force d’utiliser toutes les autres zones érogènes de mon corps, on a réalisé que je pouvais atteindre un orgasme, malgré qu’il n’y avait pas de pénétration. Wow, j’ai réalisé que ce n’était pas peine perdue ! J’étais capable de me sentir belle, sexy, malgré cet obstacle (la sonde) qui était toujours un peu dans le décor mettons. »
Éduquer par rapport aux différentes modalités de plaisir sexuel. Encourager l’exploration au-delà de la pénétration.
L’image est en noir et blanc. On y aperçoit la poitrine, le ventre et la jambe gauche de Brittany, qui est couchée sur son lit. Elle porte un soutien-gorge et une petite culotte en coton, confortables. Sur sa jambe est attaché un sac urinaire. On entrevoit la sonde disparaître sous la culotte. Un rayon de lumière de la fenêtre en arrière-plan illumine de manière douce le ventre de Brittany.
L'image est en noir et blanc. On y aperçoit la poitrine, le ventre et la jambe gauche de Brittany, qui est couchée sur son lit. Elle porte un soutien-gorge et une petite culotte en coton, confortables. Sur sa jambe est attaché un sac urinaire. On entrevoit la sonde disparaître sous la culotte. Un rayon de lumière de la fenêtre en arrière-plan illumine de manière douce le ventre de Brittany.
Le kink et le BDSM sont des pratiques incorporant des jeux sensoriels et d’impact, de domination/soumission, de restrictions et bien plus. Stylo en a fait l’exploration suite à son accident : « J’ai retrouvé un petit peu d’intérêt sexuel à travers la communauté kink. Sur la photo, ce qu’on voit, c’est un écran avec toute la liste des différents fétiches. Dans la communauté kink, il y a des gens qui ont plus d’ouverture. Ça te fait questionner toi-même sur ce que toi tu juges qui est normal ou qui est désirable. »
Par Stylo
Se former sur les pratiques sexuelles alternatives ou kink afin d’offrir un accompagnement dans l’exploration de celles-ci.
Deux écrans d’ordinateurs sont disposés côte à côte et affichent une page du forum Fetlife ainsi qu’une liste de fétiches. Sous les écrans sont empilés différents livres portant sur le désir, le kink et la non-monogamie.
Mégane considère la possibilité d’intégrer une troisième personne à son couple. Elle voit cela comme une occasion d’explorer ses désirs et surmonter ses limitations sexuelles : « On est rendus là dans notre sexualité à explorer si on ne pourrait pas avoir une excitation extérieure. On s’entend que moi j’ai de moins en moins de libido. J’ai beaucoup de problèmes pour me positionner et tout. Donc je me suis dit… Peut-être que si mon chum le faisait avec une autre, il serait un peu plus comblé sur ce point-là. Et je pourrais regarder, participer à ma façon. Mais je suis aussi inquiète d’être jalouse; j’ai toujours été une fille monogame, donc ce n’est pas facile non plus. »
Inclure les configurations non-monogames dans sa conception des relations intimes et sexuelles.
Trois mains de personnes blanches se touchent du bout des doigts, formant un triangle. Deux de ces mains portent des alliances de mariage. En fond brouillé de la photo on aperçoit le fauteuil roulant de Mégane (hors cadre).
Magnésium utilise le cannabis pour diminuer ses douleurs chroniques. Cela l’aide à se connecter à son corps et à soi : « Je me rends compte que le cannabis m’aide à sentir plus mon corps, plus de sensations. C’est un moment que je peux réguler ma douleur et donc explorer le plaisir avec moi-même. »
Cultiver une ouverture face à l’usage de substances pour faciliter les activités sexuelles.
La vue est de haut et en plongée sur Magnésium, une personne non-binaire blanche aux cheveux foncés courts. Iel est à demi couché dans son lit, les jambes dénudées, et fume du cannabis dont on aperçoit la fumée. Sur son lit et les tables de nuit sont éparpillés différents objets du quotidien, comme un ordinateur, un livre, une tasse à café. La photo est en noir et blanc.

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